1.1.09


En revenant sur nos écrans précédé d'un parfum de mort - celle de Heath Ledger, acteur charismatique et impliqué, Batman s'annonçait épique, sombre, humain (trop humain?). Nous serions terrassés par la colossale magnificence de l'action, par l'ambiance sépulcrale, le suspense haletant de ce film d'auteur maquillé en superproduction (180 millions de dollars).
En admirateur de l'homme chauve-souris, je m'étais préparé psychologiquement à l'arrivée de cette oeuvre qu'on décrivait comme la meilleure adaptation depuis celles de Tim Burton, sinon la meilleure tout court.
A peine le film commencé, j'allai de désillusion en désillusion.

En quelques années, certaines séries "sérieuses", comme "Alias", "24 heures", "Lost", "Prison Break", ont commencé à être prises au sérieux par les médias culturels, jusqu'à devenir des éléments sérieusement incontournables du paysage audiovisuel.
Leur points communs : des intrigues compliquées, un soupçon de géopolitique, un montage haché, beaucoup de caméra à l'épaule (esthétique parkinsonniene), des scènes d'action incompréhensibles, des décors souvent fades, des dialogues souvent anodins ou opaques, destinés à impressionner le téléspectateur, ou à faciliter son identification aux personnages, qui, on s'en doute, gagnent beaucoup en épaisseur par un tel traitement, enfin, une musique stupide à force d'être fonctionnelle et schématique.

En définitive, une bonne dose de stress quotidien, basé sur les peurs que la télévision se plait à entretenir : crime, terrorisme - de quoi se détendre avant d'aller au lit.

Je pensais avoir échappé à cela en me passant de télévision, et en me tournant résolument vers internet et le cinéma comme occupation chronophage.

Que nenni ! Avec Christopher Nolan et sa joyeuse bande, je découvre que les réalisateurs d'Hollywood sont capables de produire pour le grand écran l'équivalent de ce qu'ils ont commis pour le petit.

Commençons par le scénario, casse en règle de tout début d'imagination.
"The Dark Knight" nous instruit comme jamais sur Batman et le monde.
Ainsi, on découvre enfin qui est véritablement Batman : c'est James Bond!
Voyez le se pavaner avec trois naïades à son bras, faire du yacht, voyager à travers le monde. Découvrez comment Batman se fournit chez les meilleures entreprises américaines en gadgets de toutes sortes, dont la conception émane directement de...la CIA bien sûr!
Comme son majordome est décidément trop gâteux pour faire autre chose que le thé de cinq heures, Batman s'est vu adjoindre les services de "Q", pardon Morgan Freeman, pour se fournir en gadgets. Comme les acteurs coûtent cher à Hollywood (surtout Morgan Freeman), on a trouvé pratique de lui donner aussi la mission de gérer "Wayne Enterprises", fort heureusement d'ailleurs, parce que Bruce Wayne profite des réunions pour récupérer de ses nuits de folie.
Le Joker quant à lui est un personnage complexe et mystérieux...Tellement complexe qu'il ne connait qu'une seule blague, qu'il répète à qui mieux mieux, à toute personne sous son pouvoir : "let's put a smile on this face". Le Joker est aussi très original dans son mode opératoire. Il utilise des bombes et de l'essence. Bizarrement ça me fait penser à quelque chose. Le joker a les cheveux gras et un prurit aigu autour de la bouche, mais il s'habille chez Vivienne Westwood.

Passons à l'intrigue proprement dite. Il s'agit d'une histoire de mafieux qui cherchent à s'organiser pour gagner beaucoup de sous. Pour le détail, s'adresser à un spécialiste des marchés financiers, car je n'ai compris fichtre rien à cette histoire de gros sous. Le public visé est il celui des traders et des experts-comptables?

Une grande partie du film se passe au commissariat dans une ambiance proche d'"Urgences" avec moins de lits et plus de barreaux.
Les moyens du commissariat sont manifestement sous-dimensionnés, puisque le Joker n'a même pas sa propre cellule.
Ceux du maire sont encore plus rachitiques. Le pauvre est obligé d'occuper dans l'angle d'un building vitré, une surface de 15 m².
C'est le maire de Gotham, bon sang!! Mais s'agit-il encore de Gotham City, ville sombre, gothique, colossale, pluvieuse, ou plutôt de Chicago et ses pimpants buildings tout de verre vêtus?

Chicago, pardon Gotham, semble par ailleurs être très handicapée question système de santé. L'hôpital général de Gotham, celui là même que le Joker veut faire sauter, ressemble à celui de Sant-Andrews, dans la série burlesque "Le Coeur a ses raisons", en moins grand. Il semble que le réalisateur ait voulu démolir un véritable bâtiment pour les besoins du film, d'où le problème d'échelle.
Il y avait cependant matière à faire partager l'extase de la destruction, les murs qui se lézardent, les portes qui craquent, le mobilier qui valse, le reflet de la ville dans les éclats de verre, les entrailles offertes à tous les regards dans une agonie sans fin. Au lieu de cela, -plouf!-, comme un soufflé, vu de dessus.

Pour les scènes d'action, Christopher Nolan (peut-être ses producteurs et ses tâcherons à la mode) fait sien le dogme de la caméra sous ecstasy. Filmer à l'épaule sans stabiliseur économise plusieurs heures de réflexion sur des scènes qui fassent avancer l'intrigue, stimulent et tétanisent le spectateur.

2.3.08


Il y aura du Sang

Sorte de Barry Lyndon du 21ie siècle, filmé à la lumière du pétrole, "There Will be blood" nous plonge dans la vie de Daniel Plainview, un égoïste, qui aurait fait sienne la sentence: "Ce n'est pas sorcier de gagner beaucoup d'argent, quand on ne veut que gagner de l'argent". (un témoin, dans "Citizen Kane")
Dans le film de Paul Thomas Anderson, l'or noir est partout : Il se subsitue à l'eau bénite pour un simulacre de baptême, il est le sang qui couvre les mains de Daniel, il est le noir présage, souligné par la musique d'Arvo Pärt.
Ce film est aussi l'histoire de la collusion et du combat hypocrite d'une religion contre l'autre: celle d'un dieu contre celle de l'argent. L"opium du peuple", force quasi impossible à contourner, d'abord ennemi naturel, devient l'indiscutable allié d'une soif de conquête, parce que relevant des mêmes méchanismes. Comment ne pas mettre en parallèle, les prêches de l'industriel et de l'apprenti pasteur, qui tous les deux font rêver un village entier, et le maintiennent, l'un dans un avenir perpétuellement repoussé, l'autre dans un au-delà à géométrie variable?
"There will be blood", en plus d'explorer les limites des relations entre les êtres humains, dans le portrait d'un misanthrope, donne à voir une oeuvre à la cohérence rare.
P. T. Anderson l'a bien compris: sans le son, pas d''image. Ici, le son est un commentaire riche, un décor, une respiration, un personnage. Tour à tour soulignant la solitude (scène d'ouverture), la brutalité des conditions de travail et le risque mortel de celui-ci, la lente transformation des hommes en pantins au service d'autre chose que d'eux-mêmes (Daniel Plainview, aussi cupide soit-il, ne profite jamais vraiment de sa fortune), le son est partout, et quand il disparait, c'est fort à propos.
Ce film est donc autant à écouter qu'à regarder.
Par sa facture maintenant classique, qui le met dans la filiation des grands chefs d'oeuvre du muet, comme le Cuirassé Potemkine, de Sergeï Eisenstein, ou Greed, de Erich von Stroheim, par son intégration du son, par son intrigue ô combien proche de celles qu'affectionnaient Welles, Bergman, Kubrick (pour résumer, un homme, seul), There Will Be Blood pourrait ressembler au résultat d'une indigestion de chefs-d'oeuvres estampillés.
Ce qui le met à l'abri de ces critiques est l'incontestable maîtrise derrière tout cela, le sens de la mesure, la volonté du maître, partout perceptible, l'originalité des prises de position, dans un Hollywood qui n'a de cesse que de nous livrer des films à gros budget à la musique de plus en plus pompeuse et indigente, et des films "indépendants" qui nous content la vie des personnages comme de petites sanètes sans importance. C'est parce que "There will be blood" se met en porte-à-faux de tout cela qu'il est original et unique.
Are you William Blake?

26.2.08

8RA1N2T0RM1N9

-La question des retraites est envisagée dans les deux camps de façon stupide. Une retraite ne se capitalise jamais (le travail, la productivité, sont des données immédiates). Il faut veiller à ce que la répartition des ressources disponibles à l'instant T permette à chacun, jeunes et vieux, actifs et retraités, de vivre décemment.
C'est pourquoi la retraite doit être envisagée, non pas comme une capitalisation de points, mais comme une répartition révisée chaque année, en fonction de la conjoncture.
Pourquoi ne pas réunir chômage et retraite en un même système, avec un calcul en fonction de l'état de santé, de l'age et des ressources de chacun (ainsi un rentier ne percevrait pas en plus une retraite ce qui est le cas actuellement, et qui est scandaleux)?

-Le système électoral exclusif actuel favorise les stratégies électorales, le bipartisme, l'affaiblissement du camp qui a le plus de diversité. C'est la prime au simplisme. Au jeu des alliances alors que c'est aux électeurs de décider qui ils veulent voir gouverner.
Il faut mettre en place un système qui permette de voter pour plusieurs personnes à la fois, une sorte de plébiscite à plusieurs entrées. Ainsi, le candidat qui rassemble vraiment le plus serait élu.

-Nous dormons plus longtemps en hiver qu'en été. Comment se fait-il que nos horaires de travail soient les mêmes en été qu'en hiver?

-Les nouveaux moyens de flicage sont souvent considérés comme une atteinte à la démocratie. Je pense que le plus important n'est pas de savoir quels sont les moyens de surveillance, mais, quelle est la nature du régime de droit et les intentions des personnes qui sont à la tête de celui-ci. La technologie des années 40 n'a pas empêché la déportation des personnes considérées comme indésirables.

-On se plaint du logement à Paris. Mais pourquoi tout le monde veut-il loger à Paris? Le but à atteindre n'est-il pas de développer les banlieues, où le logement est plus facile? Il faut à mon sens stopper la création de bureau à Paris, et proposer des conditions avantageuses pour des entreprises qui s'installeront en banlieue dans des zones résidentielles.

-Les tours, du fait qu'il faille les construire un minimum éloignées les unes des autres, du fait que les ascenseurs prennent de la place proportionnellement à la hauteur, ne sont pas des solutions pour densifier une ville. A Paris, les quartiers les plus denses sont ceux des HBM, immeubles des années 30 construits sur les boulevards des Maréchaux.
Idéalement, il faudrait construire tous les lieux aveugles (cinémas, boîtes de nuit, théatres etc...), avec une épaisseur de logements et de bureaux sur la façade.

-Loger en pavillon, pourquoi pas? Mais alors, le jardin sera un potager, le toit une centrale énergétique, les déchets et excréments un engrais, et le travail à 5 minutes à pied, dans un centre de télétravail, ou chez soi.

-Alternative à la prison: Un stage dans un hôpital qui s'occupe des grands blessés pour un chauffard. Un stage dans un centre d'écoute violences pour un auteur de violences, etc... Utopique? Efficace sans doute...